Rolland. L’esprit libre
N’avoir plus à penser par soi-même, se laisser diriger…Cette abdication, c’est le noyau de tout mal. Le devoir de chacun est de ne point s’en remettre à d’autres, fût-ce aux meilleurs, aux plus sûrs, aux plus aimés, du soin de décider pour lui ce qui est bien ou mal, mais de le chercher soi-même, de la chercher toute sa vie, s’il le faut, avec une patience acharnée. Mieux vaut une demi-vérité qu’on a conquise par ses propres forces, qu’une vérité entière qu’on a apprise d’autres, par cœur, comme un perroquet. Car une telle vérité que l’on adopte les yeux fermés, une vérité par soumission, une vérité par complaisance, une vérité par servilité – cette vérité n’est qu’un mensonge.
Homme, redresse-toi ! Ouvre les yeux, regarde ! N’aie pas peur ! Le peu de vérité que tu gagnes par toi-même est la plus sûre lumière. L’essentiel n’est pas d’amasser une grosse science, mais, petite ou grosse, qu’elle soit tienne et nourrie de ton sang, et fille de ton libre effort.
La liberté de l’esprit, c’est le suprême trésor.
Romain Rolland par lui-même. Jean-Bertrand Barrère. Le Seuil. 1962

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