Sur la solitude

Dans la solitude consentie, qui vient avec la joie et l’allègement de l’être, la nostalgie de ce qui a été vous quitte, aussi le regret de ce qui n’a pas eu lieu, le fardeau de toutes les répétitions assemblées en un coup d’œil et c’est le mouvement de ce oui, à la vie, à l’instant, le oui qui se déprend de l’attente, de la peur, de la déception, de ce qui était envisagé, dévisagé, vaincu, de ce qui fait asile au vivant, au plus aimant ; et soudain tout devient léger, de cette légèreté qui n’est pas le rien, qui est un monde invisible et fourmillant un monde entier déposé là, et dont les ramures bruissent jusqu’en vous, vers vous et au-dehors, et font une danse étrange qui ne fut jamais apprise par vous et néanmoins vous ouvre un chemin dans cette nuit inapprivoisée. Dans cette quiétude qui ne renonce pas à la nuit, ni à la peur, ni à l’effroi, dans cette quiétude miraculeuse venue à vous avec cette solitude, le monde retrouvé est là, et soudain il n’y a plus de fatigue et vous avez cessé de lutter.

Anne Dufourmantelle. Éloge du risque. Payot. 2018