La fin du courage

Le courageux sait la valeur et la désespérance de l’éphémère. Mais il est celui qui ne construira pas son ressentiment dessus. Il est d’ailleurs celui qui a la volonté de l’absence de ressentiment. C’est bien là une lutte car le ressentiment reste l’option la plus rationnelle qui soit quand on connaît les manquements de la vie par rapport à la raison. Il serait alors très logique que la raison bâtisse son amertume à partir des déconvenues et des insuffisances de la vie. Mais voilà, le courageux – et c’est en ce sens aussi qu’il porte en lui un accès à l’indescriptible – garde par-devers lui le sens et la volonté de la joie. Nul ne sait s’il l’éprouvera réellement. L’affirmer serait utopie et vain rêve. Mais du moins se sera-t-il tenu dans son sillage. Et le sillage de la joie, s’il n’est la joie, reste un sûr rempart contre le ressentiment et la mésestime de soi-même.

Cynthia Fleury. La fin du courage. Livre de poche. 2019