Prière de Khalil Gibran

Vous priez en votre détresse et en votre besoin ; puissiez-vous prier aussi dans la plénitude de votre joie et en vos jours d’abondance.
Car la prière, qu’est-elle sinon l’expression de votre être dans l’éther vivant ?
Et si c’est pour votre soulagement que vous versez votre obscurité dans l’espace, c’est aussi pour votre délice que vous exhalez l’aube de votre cœur.
Et si vous ne pouvez que pleurer lorsque votre âme vous appelle à la prière, elle devrait vous éperonner encore et encore, malgré les pleurs, jusqu’a ce que vous arriviez à rire. Lorsque vous priez, vous vous élevez pour rencontrer dans l’air ceux qui prient à cette même heure, et que, sauf en prière, vous ne pourriez rencontrer.
Aussi que votre visite dans ce temple invisible ne soit que pour l’extase et la douce communion.
Car si vous ne pénétrez dans le temple que pour solliciter vous ne recevrez pas :
Et si vous y pénétrez pour vous humilier vous ne serez pas élevé :
Ou même si vous y pénétrez pour implorer le bonheur pour les autres vous ne serez pas entendus.
C’est assez que vous pénétriez dans le temple invisible.

Le Prophète. Casterman. 1985