L’expérience intérieure

Sans une quelconque espèce de solitude, il n’y a et il ne peut y avoir aucune maturité. A moins de devenir vide et seul, personne ne peut se donner dans l’amour, parce qu’il ne possède pas ce moi profond qui est l’unique don digne d’amour. Et ce moi profond, ajoutons-nous aussitôt, ne peut être possédé. Mon moi profond n’est pas un « quelque chose » que j’acquiers, ou auquel « j’accède » après des efforts prolongés. (…)

Le « moi » superficiel de l’individualisme peut être possédé, développé, cultivé, gâté, satisfait : il est le centre de tout ce que nous faisons pour le gain et pour la satisfaction, tant matériels que spirituels. Mais le « moi » profond de l’esprit, de la solitude et de l’amour, on ne peut pas « l’avoir », le posséder, le développer, le perfectionner. Il ne peut qu’être et agir conformément à de profondes lois intérieures qui n’ont pas été conçues par l’homme, mais qui viennent de Dieu… Ce n’est pas que ce « moi » intime et solitaire qui aime vraiment avec l’amour et l’esprit du Christ. Ce « moi », c’est le Christ lui-même qui vit en nous : et nous en lui, nous qui vivons dans le Père.

Thomas Merton. L’expérience intérieure. Edition du Cerf. 2010