Où est le problème ?

Mais rappelons-nous que le problème auto contradictoire auquel doit s’appliquer toute l’énergie de l’élève n’est autre que le problème même qu’il est venu poser au maître, sortant de son chemin pour demander avec insistance : « Comment mon ego peut-il se libérer lui-même ? » En posant cette question, l’élève s’engage dans un jeu avec le maître où il ne peut gagner ; il ne peut dominer le maître parce qu’il ne peut se dominer lui-même. La main ne peut se saisir elle-même.
L’individu a donc été engagé dans une lutte intense où toute son énergie – conçue comme étant la puissance de l’ego – a été mise en échec. Il semble que rien absolument de ce qu’il peut faire puisse être juste, spontané, ou sincère ; il ne peut agir ni indépendamment (de lui-même) ni sans égoïsme. Mais au moment de la défaite, il comprend ce que cela signifie : c’est que lui, l’agent, ne peut agir, n’agit pas et n’a jamais agi. Il y a seulement l’action : le tao. Elle se produit, mais personne n’en est ni la cause ni l’objet.

Alan Watts. Psychothérapie orientale et occidentale. Fayard. 1974