Un être de désir

C’est comme si on effaçait le maléfice, l’antivie, qui est relié, et qui empêche les pulsions de vie d’être plus fortes que les pulsions de mort chez l’individu. Comme une pièce de monnaie est pile et face, nous sommes tout le temps habités par un désir de retourner au sujet sans corps d’avant naître, qui n’est pas le mort, qui est l’invariance supposée de l’avant vie.

Nous sommes dans le variant avec un corps, puisqu’il grandit jusqu’à mourir. Tous les jours, il y a une modification, et en même temps les fonctions sont répétitives. Donc, ce qui est toujours pareil, ce sont les besoins et c’est du mortifère pour l’esprit qui désire. Nous sommes tout le temps entre des pulsions de non vie, des pulsions de répétition qui sont ensemble – ce que nous appelons en psychanalyse des pulsions de mort – pulsions de mort du sujet du désir, qui voudrait n’être pas né parce que ce serait plus facile, et puis, de l’autre côté, les pulsions de vie, qui sont de conservation de l’individu, et qui sont des pulsions de désir.

Le besoin est répétitif, le désir est toujours du nouveau,  et c’est pour cela que, dans l’éducation, nous devons veiller à ne pas satisfaire tous les désirs, ni même le maximum des désirs. Mais toujours en paroles justifier le sujet de dire ces désirs et ne pas l’en dissuader ni critiquer. Les besoins, oui, les désirs, les parler beaucoup. C’est par la parole, la représentation, dessin, mime, modelage, c’est ça qui fait la culture, la littérature, la sculpture, la musique, la peinture, le dessin, la danse, tout cela, c’est la représentation de désirs.

Françoise Dolto. Tout est langage. Livre de poche. 1990