Écoute le silence

Une personne est assise là, elle respire et écoute le silence. Elle s’aperçoit du silence, comme si celui-ci était autour d’elle. Elle là, le silence autour d’elle. Elle écoute attentivement en sa direction. Puis, elle ressent peut-être que le silence est aussi en elle-même, ou seulement en elle-même. Elle là, le silence en elle. Elle écoute attentivement et observe ce qui se passe avec le silence et avec elle-même. Si elle arrive alors à lâcher progressivement l’observation, sans somnoler, bien qu’elle soit clairement éveillée et présente à ce qui se passe, ce n’est qu’après qu’elle pourra dire comment c’était à ce moment-là avec le silence. Et puis il se peut aussi  qu’en elle tout devienne encore de plus en plus silencieux, et cela n’a rien à voir avec l’absence de bruit. Comme si le silence remplissait complètement l’espace et la personne elle-même, jusqu’à ce qu’à un moment il n’y ait plus que silence, un silence pur et naturel, chargé d’aucun « goût mystique », de sorte que l’on s’oublie soi-même dans ce silence, en étant clairement éveillé. Quand c’est ainsi, souvent, on oublie tout à fait le temps aussi, et l’on est surpris alors de réaliser qu’au lieu de cinq minutes ressenties, une demi-heure est déjà passée. Ce silence que l’on peut comparer à une étendue sans limites ou avec rien d’autre que de l’ouverture ou du vide, ce silence, aussi paradoxal que cela puisse paraître, devient subitement et sans cassure : juste ça ! Tout d’un coup, il est lui-même : juste maintenant. Le « non-temps »  est  juste maintenant. Rien d’autre que le toujours-silence ou le vide ou le rien lui-même ne constitue ce maintenant. Le silence devient événement, il est un fait, un tangible là. Si quelqu’un demandait à ce moment-là : « Et qu’est-ce qui se passe pour toi ? » On ne pourrait que répondre : « Je suis ce “là”. »

Silvia Ostertag. Eveil et quotidien. Accarias l’Originel. 2013