Kovalevsky. Le verbe incarné

Ainsi, quand la nature humaine est touchée par la Divinité, elle se transforme, mais elle ne cesse pas d’être l’humanité, elle garde ses particularités. Dieu ne veut pas absorber la création, mais Il veut la déifier en sauvegardant son caractère propre, afin qu’elle entre en communion avec Lui, et non qu’elle disparaisse en soi.

C’est très difficile à comprendre parce qu’il n’y a pas d’exemple d’une telle union dans le cosmos. Dans le monde chimique ou physique quand nous mélangeons deux éléments, soit ils se côtoient sans s’unir, soit ils s’unissent en perdant leurs propriétés respectives. Le sucre délayé dans l’eau chaude s’y fond : le sucre cesse d’être sucre, et l’eau devient sucrée. D’autre part, nous avons des cas où la distinction entraîne l’isolement : l’huile reste isolée de l’eau dans un même récipient.

Dans le Christ, l’huile — disons la divinité — et l’eau — disons l’humanité — gardent la plénitude de leur caractère, mais non parallèlement, en se touchant seulement l’un l’autre, mais en se copénètrant : « Sans confusion ni mutation », et « sans séparation ». Dans la vie spirituelle et dans l’histoire de l’humanité, vous verrez que c’est justement cette unité sans confusion ni mutation, qui est au cœur des problèmes des rapports des hommes entre eux.

Je vous citerai un exemple très simple : le vrai pédagogue, ou la vraie mère doivent être unis par amour avec l’enfant pour le transformer, l’éduquer, mais l’éduquer de telle manière qu’il n’y ait pas de confusion de sa personne avec son fils ou avec son disciple, c’est-à-dire sans l’absorber, comme une mère peut absorber son fils, peser sur lui, comme un maître peut déformer son élève, le diminuer en fabriquant un reflet de sa propre personnalité. L’enfant doit garder sa personnalité, son individualité, son propre caractère.

Eugraph Kovalevsky. Cours de l’année 1957-58. Patrimoine orthodoxe