Marcolongo. La part du héros
Les larmes sont souvent le meilleur moyen de se préparer à la nouveauté.
Des larmes de joie ou de douleur, peu importe, mais elles nous sauvent bien souvent la vie. Parce que, en brouillant nos yeux de pleurs, elles suspendent un moment la vue de ce que nous sommes en train de perdre à tout jamais. Nos yeux ne voient plus l’abandon ; ils échappent au danger du regret, à la tentation du renoncement.
Mais lorsque, séchées les larmes, nous rouvrons les yeux, c’est le spectacle de ce que nous avons véritablement réussi à accomplir, sans plus différer, qui s’étend devant nous comme un tableau qui nous représente et que nous n’avions jamais vu.
Nous devrions tous nous souvenir de pleurer plus souvent : cela sert à ne pas regarder en arrière, à regarder à l’intérieur de nous-mêmes, les yeux fermés, puis, les yeux ouverts, à regarder en avant.
L’instinct qui pousse à changer, la force de choisir, le courage d’aimer, l’honneur d’être fidèle, avant tout à soi-même, la capacité de se dire : voilà ce qui permet aux êtres humains de chaque époque de vivre entièrement et dignement.
Chaque jour, tous les jours jusqu’au dernier, nous ressentons ce frisson.
Nous devrions le fêter, parce que c’est la seule preuve irréfutable que nous sommes vivants.
Et que nous sommes au monde pour accomplir quelque chose de grand, quelque chose dont nous serons la seule mesure.
Andréa Marcolongo. La part du héros. Le Livre de Poche. 2020

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