Khayyâm. 4 – 1
Toi, qui de l’univers en marche ne sait rien,
Tu es bâti de vent : par suite, tu n’es rien.
Ta vie est comme un pont jeté entre deux rives :
Tu n’as pas de limite, au milieu tu n’es rien.
Le cycle de notre vie et de notre mort
N’a ni commencement ni fin, à vue humaine.
Aucun de nous ne sait quel bon vent nous amène
Ici-bas et, plus tard, nous ramène – à notre port ?
Nous sommes des jouets entre les mains du Ciel
Qui nous déplace comme Il veut : c’est notre maître.
Au jeu d’échecs, nous sommes des pions éternels
Qui tombent un à un tout au fond du non-être.
Le jour qui est passé, il faut que tu l’oublies.
Celui qui va venir ? Va, n’y pense donc point.
Sois heureux, sans souci d’hier ou de demain.
Garde-toi de jeter aux quatre vents ta vie.
Sois un homme de foi et remplis tes devoirs.
Ce que tu as, il faut qu’aux autres tu le donnes.
Si tu ne prends la vie et le bien de personne,
Tout ira pour le mieux. Et, ceci dit : »A boire ! »
Khayyâm. Quelques quatrains. Babel. 2004

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