Favreau dit « Sol ». La patience 

Quand j’étais petit mon perplexe me disait toujours :
« La santé ça passe avant tout ! »
Et c’est vrai qu’elle passe la santé. Même que des fois elle nous dépasse, et on court on court pour la rattraper, et pluss on court, pluss on est fatigué… et moins on la rattrape, et quand on l’a perdue de vue la santé, quand on l’a perdue pour de bon… quand on se retrouve dans un fauteuil croulant, c’est là qu’on comprend que dans la vie c’est la santé qu’a le pluss d’impotence…
Bien sûr y en a qui font : « Boff ! c’est pas grave, les docteurs sont là pour nous la rattraper, la santé ! » Moi ça me fait bien rigoler. Quand on connaît les docteurs…
Tiens, suppositionne que ça va pas, qu’est-ce que tu fais ? Tu cours chez le docteur. Tu cours pas vite passque il peut pas te voir tout de suite comme ça, c’est long…
C’est pas n’importe quel docteur, c’est un omnipatricien, un qui soigne de la tête aux pieds… c’est long… T’arrives chez lui, y a déjà plein de gens qui attendent, qui sont là depuis drôlement longtemps… y a qu’à voir les revues, vieilles de six mois, qu’ils sont en train d’effeuiller…
Et c’est là que t’apprends à devenir patient… patient. patient… surtout quand tu sais pas lire.

Marc Favreau dit Sol. Faut d’la fuite dans les idées. Stanké. 1993