Mercier Le livre de l’Ange
Une fin de nuit. Je me réveille en songeant que maintenant l’Ange est devenu de ma pulpe. Le « Je » en lequel se désigne mon mystère d’être, et qui est la dénomination primordiale de tous les hommes, a pris de la profondeur. « Je » ne résonne plus de la même façon qu’avant lorsqu’il m’arrive de le prononcer. Il m’apparaît telle une fleur circulaire dont l’Ange est le calice. C’est un « Je » qui vient de l’amour, de son amour, comme le bébé vient à la vie… « Je » n’a plus de limites, pensé-je.
– « Je » contient Dieu, me dit l’Ange.
– « Je » est donc aussi vaste que l’univers ?
– « Je » est plus vaste que tous les univers réunis.
– « Je » a-t-il une résonance différente pour chaque homme et le même son en tous les hommes ? « Je » n’est-il pas la racine du moi ?
– « Je » est la vraie réalité de l’homme dont le moi est son nuage. Un silence change la nuit de ma chambre en aube. Le chant du coq taraude l’espace. Des arbres se réveillent et chuchotent entre eux.
– « Je » est un ciel d’hommes dans lequel passent les démons et les Anges, me dit mon Ange avant d’effleurer mon front d’une brise de sommeil. Et je l’entends encore ajouter, avant que je sombre dans l’oubli de moi-même :
– Qui connaît le secret de son « Je » connaîtra le secret de sa vie.
Une perle tombe et rebondit dans l’espace du cœur. Le son secret de ses bonds écrit le silence En ravissements de courbes et points de conscience. Elle est, cette perle, du regard concentré de l’Ange. Par elle, je vois Amour dans l’Amour, Soleil de soleil où fulgure en esprit toute la lumière du monde.
Mario Mercier. Le livre de l’Ange. J’ai Lu. 1995

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