Miller Henry. Le sourire 

Le clown, c’est le poète en action. Il est l’histoire qu’il joue. Et c’est toujours la même sempiternelle histoire : adoration, dévouement, crucifixion. « Crucifixion en rose », bien entendu.

La seule partie de mon récit qui me donna du mal, ce furent les quelques dernières pages, que je dus récrire plusieurs fois. Il y a une lumière qui tue, a dit plus ou moins Balzac quelque part. Je voulais que mon héros quittât ce monde comme s’en va une lumière. Mais non dans la mort ! Je ne la voyais pas comme une fin : comme un commencement. Quand Auguste devient lui-même, la vie commence… et non simplement pour Auguste : pour toute l’humanité. (…)

Plus encore que toutes les histoires que j’ai fondées sur les faits et l’expérience vécue, celle-ci est vérité. Mon seul but, en écrivant, a été de dire la vérité, telle que je la connais. Jusque-là, tous mes personnages étaient réels, pris dans la vie, ma vie à moi. Auguste est unique, en ce qu’il m’est tombé du ciel. Mais quel est ce ciel, qui nous entoure et nous enveloppe, si ce n’est la réalité même ? Nous n’inventons rien, vraiment. Nous empruntons et recréons. Nous dévoilons et découvrons. Tout fut donné, comme disent les mystiques ? Nous n’avons qu’à ouvrir les yeux et le cœur, pour ne plus faire qu’un avec ce qui est.

Henry Miller. Le sourire au pied de l’échelle. Libretto. 2022