Halévy. L’arbre de vie
Un arbre est constitué de quatre-vingts pour cent de passé « mort » – tout son bois tant aérien que souterrain – , et de vingt pour cent de présent « vivant » – la fine couche de cambium entre bois et écorce, les petites terminaisons radiculaires, les bourgeons et yeux, les feuilles et les fleurs d’années en années, la couche superficielle vivante « meurt » et devient bois, alors qu’une nouvelle couche naît sans que celles, passées et « mortes », ne disparaissent au contraire, ces dernière constituent la charpente et l’architecture sur lesquelles s’accroche et se développe la mince pellicule de vie.
Il en va de même pour notre monde présent qui n’est que la mince couche superficielle « vivante » d’un corps bien plus vaste et plus profond constitué de toutes les couches antérieures accumulées. Notre monde présent n’est que le fin cambium de l’arbre cosmique. Tout le passé, dans ses moindres détails, est, reste réel et inscrit dans les couches d’Être sous la fine pellicule où vit la conscience éveillée dans l’instant présent. [ ]
Somme toute, le présent n’est que la mince couche du devenir de l’Être qui grandit et s’enrichit, d’instant en instant, en accumulant les états successifs du monde. Cela signifie que tout le passé, et donc les ancêtres, n’ont pas disparus : ils sont toujours là, « sous » nous en quelque sorte, pour nous porter et nous supporter dans notre effort et notre projet de vie. Pour la tradition chinoise, les ancêtres sont toujours vivants, mais autrement.
Marc Halevy. Le taoïsme. Eyrolles. 2009

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