Khyentsé. La vacuité 

Devant le haut pic enneigé,
Pense à la vue intérieure.
La vue, c’est l’esprit du maître,
Et donc l’éternelle nature de ton esprit à toi.

Devant l’agréable forêt,
Rappelles-toi expériences et réalisation ;
N’aie ni espoir ni doutes envers elles :
Toutes sont le jeu du maître.

Devant le jardin de fleurs,
Pense à l’action naturellement libre.
Toute action qui s’accorde avec le Dharma
Est la biographie du maître.

Tes méprises, aussi graves soient-elles,
Sont toutes fabriquées par ton intellect.
Relâche tes pensées dans l’état
Où elles ne naissent, ne demeurent ni ne cessent,
Et dans le vide elles s’évanouiront.

Cette nue vacuité est le maître !
Comment le maître t’obscurcirait-il ?
La crainte d’être obscurci
Et l’espoir de ne plus l’être
Voilent la conscience claire et vide,
La sagesse au-delà du penser :
Laisse tomber espoirs et craintes,
Observe la nature du réel sans voile
Et, avec une intense dévotion,
Prie ton maître sans pensée duelle,
Alors, n’en doute pas, tu le verras bientôt.

Khyentsé Rinpoché. L’esprit du Tibet. Seuil