Voronca. Le bonheur parfait 

Emmuré dans sa solitude, l’homme essaie de retenir une écume qui lui glisse des mains. Et pendant ce temps le monde, les foules, l’attendent dehors. Pourquoi donc tient-il son esprit comme une glace, où seuls peuvent entrer les reflets de l’univers ? Qu’il brise donc le miroir de son esprit. Chaque éclat de ce miroir pourra alors refléter des milliers de sommets enneigés, des cathédrales flamboyantes, des plages chevauchées par les vagues. Que l’homme sorte de la coquille de sa solitude et qu’il essaie de pénétrer au cœur du monde au lieu de faire entrer le monde dans son cœur. Tout homme qui se retire du monde, qui se bâtit une cellule en lui-même fait une blessure au monde. Car, il a été créé pour appartenir au monde, et la place qui lui était destinée reste vide. S’il se donnait enfin à cette foule qui l’attend, il découvrirait qu’il a perdu un temps précieux en voulant reconstituer la queue d’un lézard, alors que fleuves, mers et montagnes étaient à sa portée. (…) Le doute de la réalité, de tout ce qui l’entoure et de lui-même disparaîtrait et il se sentirait tout à coup faire un avec l’univers comme s’il était reçu au centre rayonnant du soleil.

Ilarie Voronca. Petit manuel du parfait bonheur. Cambourakis