Palma. Des figures humaines 

J’ai parfois des élans vers un dieu absolument inconcevable, c’est-à-dire vraiment miséricordieux. Mais s’il l’est vraiment — miséricordieux — je ne comprends pas ce qui se passe sur terre. Je bute sur la vieille interrogation de l’existence du bien et du mal. L’enfer est de ce monde. Un vieux japonais merveilleux — Issa— a écrit un haïku extraordinaire : « En ce monde, nous marchons sur le toit de l’enfer et nous contemplons les fleurs ». C’est magnifique ! Ça résume le drame humain. Je ne fais là qu’ajouter des strates d’agnosticisme ; mes élans vers un Dieu miséricordieux ne sont que des ressorts de l’espérance, qui tendent à se casser parfois.
Voilà, que sais-je ? Je ne peux pas répondre. Je suis effrayé par le spectacle de la nature humaine, effondré par l’état du monde et celui de la conscience. II y a bien sûr de superbes îlots de résistances chez les humains, mais ils sont si peu nombreux.
II y a trop d’hommes — et pas assez de figures humaines !
Le monde de l’art, de la littérature, de la poésie, nous offre plus de chance de voir des figures humaines.

Albert Palma interviewé par Axelle Viannay. 2022