Trakl. Accord 

Des sons très clairs dans les airs minces,
Et ils chantent le deuil lointain de ce jour
Qui tout empli d’odeurs imprévisibles
Nous fait rêver à des frissons inconnus.

Comme une pensée pour des compagnons perdus
Et l’écho léger des joies englouties par la nuit,
Le feuillage tombe dans les jardins depuis longtemps à l’abandon
Qui se chauffent à un silence de paradis.

Dans le limpide miroir des flots éclaircis
Nous voyons s’animer, étrange, le temps mort
Et nos passions devenues exsangues,
Qui élèvent nos âmes vers des cieux plus lointains.

Nous allons, métamorphosés par toutes nos morts,
Vers des tortures plus vives et de plus vives joies
Où règne la divinité inconnue —
Et nous achèvent des soleils éternellement neufs.

Trakl. Œuvres complètes. Gallimard. 1972