Bucke. La conscience cosmique 

Dante, Saint Jean de la Croix, Pascal, Saint Paul, ont éprouvé une expérience où l’illumination intellectuelle et l’élévation morale leur venaient brusquement avec une impression de lumière intense. Chez d’autres, comme chez Carpenter, cette impression ne se produit pas et la connaissance leur vient doucement, graduellement.

Il a été donné différents noms à cette faculté : c’est le Nirvana dont parle Bouddha: Jésus l’appelle le Royaume de Dieu ou Royaume des Cieux; Paul l’appelle « Christ ». Il parle de lui-même comme d’un « homme en Christ », de ceux qui « sont en Christ ». Il dit encore « l’Esprit » ou « l’Esprit de Dieu ». Mahomet appelle le sens cosmique « Gabriel » et semble l’avoir regardé comme une personne distincte qui lui parlait. Dante l’a appelé « Béatrice », nom qui veut dire littéralement « qui rend heureux ». Balzac appelle l’homme nouveau, un « spécialiste » et la nouvelle condition « spécialisme ». Whitman dit « mon âme », mais en parle comme s’il s’agissait d’une autre personne.

La Conscience Cosmique qui n’est apparue jusqu’alors que chez des individus isolés se manifestera, selon toute évidence, plus fréquemment et chez des individus de plus en plus jeunes. Elle se généralisera de plus en plus. De même en a-t-il été de la conscience personnelle qui est en chaque être maintenant et se développe vers l’âge de trois ans. Selon toute évidence, elle a dû apparaître d’abord chez des individus isolés en pleine maturité, puis elle s’est généralisée et s’est manifestée chez des êtres de plus en plus jeunes. Ainsi en sera-t-il pour la conscience cosmique.

Richard M. Bucke. La conscience cosmique. IIIème millénaire. 2008