En route vers la non-passivité interne

L’apparition de l’Opinion dans la dimension spirituelle, c’est le surgissement du risque spirituel.
Evaluer le risque, nous venons de le faire : on peut le dire ultime, puisque c’est le commerce conscient avec nous-mêmes qui est en cause.
Et la consistance du risque, son nom ?
L’accès frauduleux à l’opinion.
Faire sienne une vérité sans l’avoir examinée.
Il n’est d’opinion que celle à laquelle on parvient au terme d’un effort de pensée purement personnel. Toute autre forme d’opinion est une imposture, et le signe de la plus honteuse des démissions.
Ceci laisse clairement augurer de l’étendue de la tâche à accomplir en nous-mêmes ! Il ne me paraît pas exagéré d’évoquer comme une révolution le coup de balai à donner.
Nous devons absolument nous ressaisir !
« Sur quelque sujet que ce soit, ai-je une seule opinion qui m’appartienne, qui m’appartienne en propre ? »
Comment atteindre le vrai de soi-même, le vif de soi-même, en maintenant en soi-même cet océan de fausseté ?
Et cet objectif, la « libération » ?
Il est à craindre que cela aussi fasse partie de l’océan de fausseté, de l’océan de servilité. De toutes les façons vous ne pouvez vous dispenser d’instruire, en vous-même, le procès de ce credo. Le premier pas vers la « libération », c’est cela.
A perte de vue, ce que je nomme « mon opinion » est une imposture, un mirage ! Mes certitudes les plus assurées sont sans ancrage : de simples implants, rien de plus ! Si savoir signifie nourrir une vue personnelle, je suis, sauf à me payer d’illusions, aussi vide de savoir qu’un nouveau-né.
Quel nom donner à la vérité que je m’approprie, déclare mienne autoritairement – faisant aussi peu de cas de ce lion qui est en moi, qui s’appelle l’esprit critique, que s’il n’existait pas ?
Il n’y a qu’en l’homme qu’on voit ça : un veau mange un lion !
Effectivement, la chose a un nom, elle est parfaitement connue, répertoriée ; même, elle possède une mauvaise réputation. On croit rêver !
Il s’agit, bien sûr, du Préjugé.
La mesure pratique à prendre ? Partir à la recherche de vos préjugés.
Avec quelle intention ? Arracher de vous cette mauvaise herbe ? Pas du tout. Il ne s’agit pas de mener une croisade, il s’agit d’exhumer le préjugé, de le reconnaître pour tel, d’obliger cette vôtre et définitive lumière sur ceci ou cela à vous faire l’aveu, stupéfiant, indiciblement libérateur, qu’elle n’est, et n’a été, jamais, qu’une matière proposée à votre réflexion – et que vous n’avez pas encore réfléchi !
Il s’agit de prendre conscience de vos préjugés.
Achetez-vous un gros cahier et inscrivez sur la couverture : « inventaire de mes préjugés ».

Stephen Jourdain. Cahier d’éveil 1. Edition du Relié. 1995