Lilly. Simulacres de Dieu 

Dieu donc est le commencement, et le commencement dans le moi. Celui-ci s’interroge sur ses propres origines et, par extrapolation, il veut en déduire la genèse de l’univers, comme si l’explication de celui-ci lui était acquise. Il voudrait croire que le vide, usant d’une mystérieuse intelligence, créa un jour cet être capable de jongler avec ses origines et de les attribuer à un dieu, et ignorer que – au point où il en est – il ne les connaîtra ni maintenant ni plus tard. C’est là une découverte peu réjouissante, une révélation qui ne fait pas plaisir ; finis tous les conforts passés, fruits de nos anciennes convictions…Bien entendu, c’est en face d’une autre croyance que nous nous trouvons à nouveau, et une croyance assez largement répandue parmi les êtres humains ; bon nombre d’entre eux en effet n’ignorent pas que Dieu en tant que commencement ne peut qu’échapper à notre connaissance. Il est désolant d’apprendre qu’on ne peut plus s’adonner ni à la culpabilité, ni à la crainte, ni à la colère, qu’on ne connaîtra plus dorénavant ni le désir, ni la répulsion, ni la récompense, ni le châtiment. Mais dans cet état de renforcement neutre, de Haute Indifférence, l’affliction elle-même n’a plus cours. On ne peut plus succomber à la détresse ; on ne peut qu’être tel qu’on est, tel qu’on a été et tel qu’on espère – sans jamais en être sûr – être toujours. On va vers son terme, quittant une fois de plus l’état de Haute Indifférence pour contempler la fin du moi.

John C. Lilly. Les simulacres de Dieu. Edition Chamarande. 1984